Présentation du Réseau Inter-MSH des Méthodes Visuelles

Vendredi 22 novembre à 10 h
Fondation Maison des Sciences de l’Homme
190, AVE France, Paris 13ème Salle 1

Avec Alain Bouldoires (IUT Bordeaux 3) et Fabien Reix (Université Bordeaux 2)

https://sites.google.com/site/reseauintermshdesmv/

logo réseau inter MSH

PRÉSENTATION :

Le Réseau inter-MSH des Méthodes Visuelles a pour objectif de réunir en réseau des chercheurs, des praticiens de l’image et du son, des artistes, des spécialistes des technologies numériques… L’engagement dans ce réseau vise à constituer une communauté d’individus qui aura pour ambition d’échanger autour des méthodes visuelles, de promouvoir ces pratiques, de mettre en liens des centres d’intérêts communs, de faire évoluer la réflexion sur ces méthodes à la lumière des technologies numériques. Il a également pour ambition d’ouvrir de nouvelles perspectives méthodologiques en phase avec les évolutions technologiques et d’élaborer une réflexion sur les méthodes qualitatives émergentes (concernant notamment la relation science/citoyenneté). Ce réseau se définie comme une communauté de pratiques transdisciplinaire intégrant la culture numérique du 21ème siècle.

Le Réseau inter-MSH des Méthodes Visuelles vise à rassembler des individus et des communautés de pratiques qui, au-delà des cloisonnements disciplinaires, convergent à travers des questions méthodologiques. Il rassemble des acteurs de diverses Maisons des Sciences de l’Homme qui structurent l’ensemble sur le plan institutionnel. Cependant, ce réseau a vocation à être une communauté ouverte, accueillante et solidaire. Toute personne, quel que soit son statut, qui a un intérêt pour l’usage de l’image dans la recherche, doit pouvoir rejoindre ce réseau.

ÉBAUCHE DE DÉFINITION DES MÉTHODES VISUELLES

Les chercheurs en sciences humaines et sociales utilisent depuis longtemps déjà les ressources visuelles dans leurs méthodes d’enquête en particulier en anthropologie (où cet usage est ancien et reconnu), ou encore en sociologie (où son usage est plus récent) mais aussi dans d’autres disciplines. Comme l’ensemble des méthodes qualitatives, l’usage méthodologique des ressources visuelles semble souffrir de critiques liées à son manque présumé d’objectivité. Ce genre de procès en « subjectivité » apparaît d’autant plus prégnant dans une discipline comme la sociologie qui a été marqué, en particulier en France, par la philosophie positiviste de Comte (Becker, 1974). Dès lors, rien d’étonnant à voir les usages de ce genre de méthodes se développer très tôt en anthropologie plutôt qu’en sociologie.

Par méthodes visuelles, il faut entendre tous les « outils d’enquête » utilisés par les chercheurs en sciences humaines et sociales dans « les recherches basées sur les images » (Prosser, 1998). En effet, à l’instar de la distinction faite en sociologie visuelle entre sociologie sur les images et sociologie avec les images (Harper, 2002 ; La Rocca, 2007) l’image peut autant être un objet d’étude qu’un outil d’enquête (Terrenoire, 1981). Et c’est bien de ce dernier cas dont on parle lorsqu’on parle de « méthodes visuelles », c’est-à-dire des recherches où les « outils » tels que le film, la photographie, le dessin, etc. servent pour tout ou partie de méthode d’enquête et/ou de restitution des résultats (Chauvin et Reix, 2013).

L’usage du terme de méthodes « visuelles » peut cependant apparaître un peu trop restrictif dans un premier temps, notamment parce que cela laisserait sous-entendre que ces méthodes ne concernent pas l’audio par exemple. Or, il faut d’emblée dire que les chercheurs qui utilisent ce terme, en particulier les anglosaxons, en ont une acception généralement beaucoup plus large. C’est pourquoi certains préfèrent parler de « méthodes sensorielles » (Pink 2009), même si c’est bien le terme de « méthodes visuelles » (visual methods) qui semble l’avoir emporté dans le champ universitaire et s’être institutionnalisé dans le monde anglosaxon : publication de handbooks sur les méthodes visuelles (Prosser, 1998 ; Stanczak, 2007 ; Knowles & Cole, 2008), création d’un cycle de conférence international depuis 2006,…

On pourrait ainsi définir les méthodes visuelles comme l’ensemble des méthodes qualitatives de recherche en sciences humaines et sociales qui « ne se limitent pas à l’écrit ». Il convient néanmoins de préciser que le visuel et l’écrit ne s’opposent pas lorsqu’on parle de méthodes visuelles. Bien au contraire, dans bien cas, l’articulation entre texte (qu’il se présente sous la forme écrite ou orale) et image est nécessaire afin de préciser le sens des images utilisées par le chercheur et de restituer leur contexte de production (Chauvin & Reix, 2013), condition fondamentale d’un usage « scientifique » des images (Bizeul, 1996 ; Becker, 2007 ; Stanczak, 2007).

Il semble par ailleurs que ces méthodes « visuelles » ont en commun de revendiquer une approche méthodologique non dogmatique basée en grande partie sur la réflexivité et le bricolage méthodologique qu’impose l’adaptation aux contraintes du terrain.

Enfin, il convient de terminer en précisant que les images en tant qu’outils d’enquête peuvent prendre différentes formes et être produites par l’enquêteur comme par l’enquêté selon le principe de photo-elicitation (Harper, 2002). De la même manière, des images pré-existantes à l’enquête peuvent être utilisées pour produire de nouvelles données comme dans la photo interview par exemple (Collier & Collier, 1986), servir de feedback au cours du processus de recherche (Chronique d’un été, 1960) ou encore être utiliser comme un mode de représentation des résultats de l’enquête in fine (Weber, 2008).

 

Le Manifeste du Réseau Inter-MSH des Méthodes Visuelles propose de définir un cadre autour duquel une communauté peut se réunir et s’organiser:

  1. Constituer une communauté de pratiques transdisciplinaire en méthodes visuelles ouverte à tous les acteurs de la recherche, adossée au réseau des Maisons des Sciences de l’Homme.
  2. Rassembler des individus et des équipes de différents horizons autour des questions méthodologiques liées à l’image, le son et plus largement les dimensions sensorielles.
  3. Faire progresser les méthodes visuelles sur le plan théorique et pratique et ouvrir de nouvelles perspectives de recherche et d’argumentation scientifique intégrant la culture numérique.
  4. Renforcer la reconnaissance des méthodes visuelles dans chaque discipline, notamment pour une meilleure prise en compte de ces pratiques dans l’évaluation des chercheurs, des laboratoires et des MSH.
  5. Développer l’enseignement des méthodes visuelles auprès des chercheurs et au sein de tous les cursus universitaires au même titre que les techniques d’enquête habituellement intégrées aux formations.
  6. Partager les savoir-faire et diffuser les productions issues des méthodes visuelles dans le respect de leur diversité.
  7. Favoriser l’émergence de projets de recherche transdisciplinaires et de collaborations diverses, le réseau ayant pour vocation à être une communauté ouverte, accueillante et solidaire.

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