AAC – Open Data : enjeux communicationnels et sociétaux

Maison des Sciences de l’Homme, Amphi 219 – 4 rue Ledru Clermont-Ferrand, France (63000)

Colloque le jeudi 7 et vendredi 8 novembre 2013

Laboratoire de recherche Communication et solidarité

Après des débuts plutôt timides en France, l’Open Data est aujourd’hui en pleine expansion comme en témoignent les thèmes traités, l’intensité des échanges ainsi que les initiatives présentées lors de la semaine européenne de l’Open Data qui, après Nantes en 2012, s’est tenue à Marseille du 25 au 28 juin dernier. Les expériences, d’abord initiées et conduites localement par plusieurs villes pionnières, ont depuis essaimé sur le territoire national. A ce jour, on ne compte plus le nombre d’institutions et de collectivités locales et régionales qui décident de mettre à disposition leurs données. L’Open Data a obtenu une reconnaissance officielle en 2011 avec l’ouverture d’un portail unique interministériel (www.data.gouv.fr). Inspiré des modèles américain et britannique, celui-ci est destiné à constituer une plateforme numérique regroupant l’ensemble des jeux de données disponibles. La seconde étape fut marquée par  le lancement de la mission Etalab placée sous l’autorité du Premier ministre dans le cadre de la modernisation de l’État. Même si des réticences demeurent, avec des craintes souvent vives, notamment quant aux modalités de réutilisation des données mises en ligne, l’ouverture des données est une obligation légale pour les services de l’État et les entreprises chargées d’une mission de service public.

L’Open Data est souvent présenté comme un processus prometteur, tant politique, économique que social, même si l’ordre des priorités dépend des stratégies des détenteurs de données. Sous l’impulsion américaine, la première promesse était celle d’un gain démocratique, mais l’accent fut vite mis sur l’apport économique. Au lendemain de sa première élection, le président Barack Obama a présenté, dans un mémorandum aux responsables des principales agences américaines, les trois volets constitutifs de sa stratégie d’Open Government : transparence et redevabilité (transparency/accountability), participation et collaboration[1]. Le premier volet renvoie au fait que le gouvernement et/ou les instances administratives doivent fonctionner de façon transparente et doivent rendre des comptes. Le second se réfère à la participation citoyenne dans une optique de renouveau démocratique afin de faire évoluer les politiques publiques selon l’idée « d’encapacitation » (empowerment). Le dernier volet, plus large, fait autant référence à l’activité de production collective des données qu’à leur mise à disposition pour favoriser le développement de l’économie numérique. Idéalement, chaque citoyen pourra ainsi devenir un acteur économique en se saisissant de ces données disponibles.

Cette manifestation transdisciplinaire a des objectifs multiples. Comme tout colloque scientifique, sa vocation première est de réunir des spécialistes d’horizons différents pour faire le point sur leur recherche fondamentale ou appliquée. En même temps, les organisateurs souhaitent aussi favoriser les rencontres et la communication entre chercheurs, porteurs de projets et citoyens. En effet, si l’Open Data est au cœur des réflexions et des pratiques d’une communauté de spécialistes et d’acteurs initiés, les enquêtes sur le terrain montrent que le mouvement est très peu connu de la population.

Ce colloque sera organisé en quatre parties. Le premier volet aura vocation à dresser un état des lieux de l’Open Data au niveau national, européen et international. Dans une perspective analytique comparative, il s’agira de proposer un portrait de l’ouverture des données publiques dans des zones géographiques diverses en prenant particulièrement en compte les initiatives nationales, régionales et/ou locales et leurs retours d’expérience. Ce volet aura trois objectifs : observer les usages ; évaluer l’utilisation des données mises à disposition par les acteurs institutionnels, associatifs, privés ou individuels ; proposer des pistes de réflexions quant aux pratiques d’ouverture des données.

Le deuxième volet sera consacré aux enjeux démocratiques et sociétaux de l’ouverture des données à travers les concepts de transparence, de participation citoyenne et de lien social. L’ouverture des favorise-t-elle des citoyens vigilants ? A-t-elle des effets sur le processus décisionnel des élus ? Dans quelle mesure l’ouverture des données publiques peut-elle promouvoir et/ou renforcer la cohésion sociale au niveau d’un territoire ? Dans le prolongement de ces interrogations, n’existe-t-il pas aussi un risque d’inégalités, tant dans l’accès à l’information que dans l’accès aux sites et à la connaissance des nouvelles technologies qui aggraverait la  fracture numérique ?

En lien avec les volets précédents, le troisième donnera l’occasion aux acteurs de témoigner de leur  stratégie politique et économique dans la démarche d’Open Data. Pour la région Auvergne dont le portail a été lancé le 1er juillet 2013 (http://opendata.auvergne.fr/), comme pour les autres collectivités locales, ce colloque se veut un espace d’échanges sur la mise en place de plateformes Open Data dans les territoires, mutualisées ou non, à l’échelon départemental et/ou régional. Quels sont les critères (géographique, politique, etc.) qui peuvent  influer sur la stratégie de développement de ces plateformes ? Comment les entreprises peuvent-elles être associées pour œuvrer au développement économique lié à l’ouverture des données ? Pour l’instant, les entreprises se sont le plus souvent positionnées sur le versant d’exploitation des données publiques, sous forme gratuite ou payante, et l’offre de nouveaux services. Pour le secteur privé, quelles peuvent-être les retombées commerciales ? Un nouveau modèle économique associant le secteur public, les citoyens et le monde de l’entreprise dans la coproduction des données pourrait-il être envisageable ?

Le dernier volet sera consacré aux enjeux communicationnels de l’Open Data selon une déclinaison liée à la nature des acteurs. Autrement dit, il s’agira de s’intéresser au processus dans son ensemble, de la mise à disposition des données à leur collecte ainsi qu’à leur diffusion par les producteurs, en passant par le rôle des intermédiaires pour rendre les données brutes compréhensibles, cela jusqu’aux destinataires supposés, réels ou inattendus. Il semblerait qu’il existe un déficit de communication autour de l’ouverture des données qui resterait souvent une affaire d’initiés. Le travail de communication et d’animation relève-t-il de la seule responsabilité des producteurs de données ? Existe-t-il des techniques de communication appropriées, et selon quelles modalités les producteurs doivent-ils agir ? Comment les chercheurs se positionnent-ils sur ce mouvement d’Open Data en tant que producteurs de données scientifiques ? Quelles sont les pratiques en cours ? Qui sont les intermédiaires (éditeurs de logiciels, spécialistes ou amateurs des TIC, chercheurs, journalistes, politiques, collectifs de citoyens, etc.). Quels sont leurs rôles et quels sont leurs intérêts ? On pourra s’interroger sur la structure et l’origine des données, ainsi sur que la compétence des acteurs et les interactions entre eux. Il sera aussi nécessaire de se pencher sur le processus de médiation permettant de décoder des données brutes a priori incompréhensibles et de s’interroger sur le degré de visibilité des données ouvertes dans l’espace public, notamment grâce aux  techniques de data-visualisation. Dans la mesure où un acteur peut être public ou privé, émetteur et/ou récepteur des données ouvertes, sa perception des informations change selon le contexte au gré de ses connaissances et objectifs. Dans quelle mesure le journalisme de données peut-il participer à cette médiation tout en contribuant à une réflexion critique sur les chances et les risques du processus d’ouverture ?

Liste d’intervenants (au 30 juin 2013)

Christophe Boutet, membre fondateur de l’association Regards Citoyens

Amandine Brugière, chargée de mission à la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING)

Thierry Chanier, directeur du Laboratoire de Recherche sur le Langage

Simon Chignard, expert indépendant Open Data, membre du réseau d’expert de la mission Etalab

Claire Gallon, co-fondatrice de l’association LiberTIC

Cyril Lage, membre Démocratie Ouverte et Parlement & Citoyens

Jacques Marzin, directeur interministériel des systèmes d’information et de communication, représentant Etalab

Valérie Peugeot, chercheuse, Orange Labs

Luc Picot, directeur de Décider ensemble

[1] Transparency and Open Government, Memorandum for the Heads of Executive Departments and Agencies, http://www.whitehouse.gov/the_press_office/TransparencyandOpenGovernment, page consultée le 20/6/2013.

 

Résumé des volets présentés :

Volet 1 – État des lieux et comparaison

État des lieux de l’Open Data au niveau local et régional dans une perspective comparative européenne. Quels sont les usages et les pratiques ?

Volet 2 : Démocratie et société

Quels sont les enjeux démocratiques et sociétaux de l’Open Data. L’ouverture des données favorise-t-elle la transparence au sein de sociétés démocratiques ? Permet-elle de renforcer le lien social et de concrétiser le concept de « démocratie participative » ? Quels sont les avantages de l’ouverture des données à court, moyen et long terme, et quels sont les risques ?

Volet 3 – Territoires et développement économique

L’Open Data est-il un projet dont les retombées politique et économique doivent être immédiates ? Quels sont les différents modèles existants pour l’ouverture des données dans les territoires, et quelle est l’importance du contexte local/régional ? Comment le secteur privé se positionne-t-il face à l’ouverture des données ? Quels sont les enjeux financiers ? Un nouveau modèle économique associant secteur public, individus et secteur privé est-il envisageable ?

 

Volet 4 – Communication et médiation :

Qui sont les différents acteurs (émetteurs, intermédiaires, destinataires) et quelle place occupent-ils ? Quels sont leurs compétences, intérêts et interactions ? La démarche d’ouverture des données conduit-elle à une plus grande visibilité de celles-ci ? Comment le monde universitaire se positionne-t-il sur l’ouverture des données de la recherche ? Le data-journalisme est-il devenu le seul acteur de médiation ?

Calendrier

Soumission des propositions de contribution en français ou en anglais (résumé de 300 mots avec quelques références bibliographiques et un CV) par e-mail : julien.guillaumond@univ-bpclermont.fr et mohammed-salah.abaidi@univ-bpclermont.fr

avant le 1er septembre 2013

 

Notification de l’acceptation le 21 septembre 2013

Remise des contributions sous format électronique pour les demi-journées le 23 octobre 2013.

Colloque le jeudi 7 et vendredi 8 novembre 2013

Remise de la contribution révisée après sélection du comité scientifique pour publication dans le numéro 2 de la revue numérique K@iros. Communication, civilisations, gestion pour le 15 janvier 2014.

Comité d’organisation

Co-organisateurs :

Mohammed-Salah Abaïdi  mohammed-salah.abaidi@univ-bpclermont.fr

Julien Guillaumond julien.guillaumond@univ-bpclermont.fr

Secrétariat et gestion comptable :

Aline Roussel aline.roussel@univ-bpclermont.fr

Mireille Igounet mireille.igounet@univ-bpclermont.fr

Communication :

Camille Rivière camille.rivière@univ-bpclermont.fr

Comité scientifique

Mohammed-Salah Abaïdi, Université Blaise Pascal, Laboratoire Communication et solidarité – EA 4647

Thierry Chanier, Université Blaise Pascal, Laboratoire de Recherche sur le Langage – EA 999

Eric Dacheux, Université Blaise Pascal, Laboratoire Communication et solidarité – EA 4647

Mélanie Dulong de Rosnay, Institut des Sciences de la Communication du CNRS

Julien Guillaumond, Université Blaise Pascal, Laboratoire Communication et solidarité – EA 4647

Yannick Loiseau, Université Blaise Pascal, Laboratoire d’Informatique, de Modélisation et d’Optimisation des Systèmes – UMR 6158

Dana Martin, Université Blaise Pascal, Laboratoire Communication et solidarité – EA 4647

Valérie Peugeot, Orange Labs, membre du Conseil National du Numérique, présidente de l’association VECAM

Sébastien Rouquette, Université Blaise Pascal, Laboratoire Communication et solidarité – EA 4647

Stéphanie Wojcik, Université Paris Est Créteil, Centre d’étude des discours, images, textes, écrits, communication

Source : Calenda

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